Gioacchino Rossini
L'Italienne à Alger
opéra bouffe en 2 actes
du 23 janvier au 5 février 2026
| Direction musicale | Michele Spotti |
| Mise en scène | Julien Chavaz |
| Scénographie | Amber Vandenhoeck |
| Costumes | Hannah Oellinger |
| Lumières | Eloi Gianini |
| Dramaturgie | Clara Pons |
| Direction des chœurs | Mark Biggins |
| Isabella | Gaëlle Arquez |
| Mustafà | Nahuel Di Pierro |
| Lindoro | Maxim Mironov |
| Taddeo | Riccardo Novaro |
| Elvira | Charlotte Bozzi |
| Zulma | Mi Young Kim |
| Haly | Mark Kurmanbayev |
Chœur du Grand Théâtre de Genève
Orchestre de la Suisse Romande
L'Italienne à Alger
Bâtiment des Forces Motrices
Vos critiques
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Revue de presse
Le poids des notes, le choc des corps
Jean-Luc Clairet – ResMusica.com – 28 janvier 2025
source: https://www.resmusica.com/2026/01/28/litalienne-a-geneve-le-poids-des-notes-le-…
Premier spectacle du Grand Théâtre replié, pour cause de travaux, dans l'étonant Bâtiment des Forces Motrices, L'Italienne à Alger relue par Julien Chavaz ambitionne une mise en image de la mécanique rossinienne. Elle est accueillie comme un baume par un public genevois encore en convalescence de certaine récente Traviata privée de ses dernières mesures.
L'Italienne à Alger version Chavaz/Spotti ne subira pas pareil affront. On imagine que c'est l'ahurissant finale de l'Acte I de cet opéra où le compositeur semble tomber le masque en remplaçant carrément le verbe par le bruit (din din, tac tac, cra cra et autres bum bum) qui a suggéré au metteur en scène de théâtre suisse de surligner visuellement, sur la durée de l'opéra, cette spécificité toute rossinienne. Pressé de jouer, Julien Chavaz fait se lever le rideau avant la première note, et à voir la façon dont, sur la célèbre Ouverture, Mustafà se laisse choir sur le premier coup de boutoir de l'orchestre, le ton est donné d'une direction d'acteurs alla Pelly, qui ne laissera la bride sur le cou à quiconque. Sont invités dans ce coucou suisse deux passagers clandestins, Dani et Clara, présents dans chaque case de l'action : Dani c'est le danseur vénézuélien Daniel Ojeda Yrureta, factotum du spectacle comme de l'hôtel où Julien Chavaz a transposé l'action du livret. Dani n'aura de cesse de dynamiser le bon déroulement des choses, Julien Chavaz lui octroyant même, à l'orée de l'Acte II, la maîtrise d'un roboratif cours de danse à l'adresse du chœur.
La représentation d'un sérail d'antan étant devenue aujourd'hui tellement matière à caution, sa transposition dans l'univers hôtelier fonctionne. Le tour est joué d'une Algérie devenue Hôtel Algeri. La météo locale est en revanche respectée : l'Hôtel Algeri somnole au soleil, avec son personnel-caméléon au ralenti se confondant avec les murs, intérieurs et costumes affichant la même couleur sable. A l'Hôtel Algeri, le patron agit en pacha aussi bien avec son personnel qu'avec sa femme. De cette dernière (Elvira) il se dit lassé et pressé de s'en séparer. De sa remplaçante (Isabella), il parlera d'un « morceau ». Inutile de dire que la mise en scène n'aura de cesse de malmener un aussi triste sire, se permettant au passage d'égratigner d'un sourire en biais la souffrance au travail. Ponctué d'hilarantes apparitions muettes, dans le hall de l'hôtel, de touristes bien frappés, de savoureuses annonces trilingues (notamment pour un séminaire post-burn out), d'amicales piques à la Suisse allemande toute proche, la machine est huilée, même si parfois brouillonne. Visuellement le spectacle ne décolle vraiment qu'au moment de la cérémonie finale d'intronisation dans l'ordre des Pappataci : jeu d'orgues sucre d'orge, boule à facettes et choeur habillé en adorables doudous laineux (certains lévitent) bousculent enfin le prosaïque d'un décor unique (même si cuisine et salle bains y auront été glissées à vue), que l'on aura espéré en vain jusqu'au bout voir s'ouvrir sur l'ailleurs d'un vrai choc esthétique.
La distribution est dominée par l'Isabella sculpturale et chaleureuse de Gaëlle Arquez dont le timbre royal comme le personnage apportent beaucoup de couleurs dans le terne Hôtel Algeri. Respectivement Mustafà et Lindoro, Nahuel di Pierro et Maxim Mironov, l'un et l'autre fugacement tendus dans de rares aigus, sont de solides partenaires de jeu, l'un comme l'autre donnant beaucoup de leur personne. Du Pâtre de Tannhäuser à Elvira, Charlotte Bozzi, membre du Jeune Ensemble, a pris du galon, le rôle étant loin d'être secondaire, et les aigus piquants qui s'échappent des ensembles où son soprano n'est jamais noyé rappellent qu'elle fut une très affûtée Reine de la nuit. Bien appariée avec la soprano de sa maîtresse la Zulma de la mezzo Mi Young Kim fait mouche. Un Taddeo probe (Riccardo Novaro) et un Haly d'une grande présence (Mark Kurmanbayev) complètent ce pétulant sérail vocal. Très sollicité par la mise en scène, le choeur d'hommes du Grand Théâtre n'est pas en reste. En maître horloger, Michele Spotti, qui a fait quasiment ses premières armes lyriques avec Rossini, met à profit les enseignements d'Alberto Zedda pour se première direction de L'Italienne, sa fréquentation de grands metteurs en scène lui permettant d'adouber avec bonheur les facéties du plateau.
Aimable et divertissant (on reste en-deçà du Turc en Italie de Pelly, du Barbier de Séville de Serebrennikov), ce spectacle, où seules les femmes (ap)portent de la couleur pourrait apparaître, à l'instar de cette partition composée en un mois, un brin volatile s'il n'était aussi pédagogique dans son ralliement à la conclusion de l'opéra : « La femme, si elle le veut, en remontre à tous. » Tout est bien sûr dans le « si elle le veut ». Un vœu évidemment d'actualité dans tous les sérails du monde moderne.
Aufstand im Grand Hôtel
Thomas Schacher - bachtrack.com - 25 janvier 2026
source: https://bachtrack.com/fr_FR/kritik-italiana-in-algeri-chavaz-spotti-arquez-di-p…
Es wimmelt in dieser Oper von Tücken, die einem Regisseur unserer Tage zum Verhängnis werden können: Da gibt es die abgegriffenen Exotismen, einen unverhohlenen Rassismus, das Feindbild des „Muselmanns“ und einen fragwürdigen Patriotismus. Wahrlich keine leichte Aufgabe für Julien Chavaz, der Rossinis Opernkomödie L’italiana in Algeri am Grand Théâtre de Genève in einer Neuproduktion inszeniert. Da das Stammhaus an der Place de Neuve umfassend saniert wird, spielt man erstmals im Bâtiment des Forces Motrices, einem ehemaligen Wasserkraftwerk an der Rhone. Der alternative Charme des Industriegebäudes passt, wie man im Verlauf des Abends mehr und mehr realisiert, bestens zur szenischen Interpretation des Werks.
Die in der Oper angelegte Konfrontation zwischen der italienischen und der algerischen bzw. muslimischen Kultur spielt beim Schweizer Regisseur keine Rolle. „Algeri“ ist bei ihm der Name eines Hotels mit Spa-Betrieb. Mustafà ist nicht der Bey von Algier, sondern der despotische Hoteldirektor, Elvira die Direktorin und Zulma deren Vertraute. Halys Rolle mutiert von jener des Korsaren-Hauptmanns in die des Chefkochs. Beim „italienischen“ Personal ist Lindoro nicht Mustafàs Lieblingssklave, sondern einer seiner Hotelangestellten. Isabella übernimmt die Rolle der reisefreudigen Grande Dame und Strippenzieherin, Taddeo jene ihres schrägen Begleiters. Der Männerchor des Grand Théâtre repräsentiert entsprechend nicht Haremswächter und Korsaren, sondern das Personal des Hotels Algeri.
Die Umdeutung bringt erfrischend neue Perspektiven: Die von außen kommende Isabella bringt das despotische und patriarchale System Mustafas zum Auseinanderbrechen und etabliert am Schluss eine von herkömmlichen Zwängen befreite, von den Idealen der LGBTQ-Bewegung inspirierte Gesellschaft, die für Mustafà nur Hohn und Spott bereithält. Ganz im Dienst dieser Deutung stehen Szenerie, Kostüme und Beleuchtung. Amber Vandenhoeck zeigt im ersten Bild eine farblich blasse Empfangshalle, die an ein Interieur aus DDR-Zeiten erinnert. Dazu steckt Hannah Oellinger das Hotelpersonal in ebenfalls farblose Kleider, die jeden Individualismus im Keim ersticken. Bei der zirkusartigen Schlussszene, in der das Hotelpersonal seinem Direktor den Titel eines Pappataci verleiht, kommt in den fantastischen Kostümen der ganze Regenbogen des Farbspektrums zur Geltung. Dazu lässt Eloi Gianini die Wände der Hotelhalle in den leuchtendsten Farben erstrahlen.
Die komödiantischen und karnevalesken Züge der Inszenierung gehen einher mit einer musikalischen Interpretation, die in die gleiche Kerbe schlägt. Der erst 32 Jahre alte Italiener Michele Spotti, zurzeit Chefdirigent der Oper und des Philharmonischen Orchesters Marseille, bringt alle Voraussetzungen mit, die es für eine zündende Wiedergabe von Rossinis Partitur braucht. Sowohl die Belcanto-artigen Passagen als auch die geliebt-gefürchteten Parlando-Szenen im rasenden Tempo geraten unter Spottis Stabführung zu einem Ohrenschmaus. Unbestrittener Höhepunkt der Letzteren ist das tumultartige Septett am Schluss des ersten Akts, bei dem die sängerischen Eskapaden und die instrumentale Begleitung des Orchestre de la Suisse Romande punktgenau aufeinander abgestimmt sind. Etwas trocken präsentiert sich die Akustik in der Industriehalle des BFM.
Mit Bravour realisiert die französische Sängerin Gaëlle Arquez die Titelrolle der Isabella. Dass Rossini für die Primadonna eine Mezzosopranistin vorschreibt, ist im Opernrepertoire des 19. Jahrhunderts außergewöhnlich. Es passt aber ausgezeichnet für die Rolle, die nicht als schmachtende Geliebte, sondern als Anführerin eines Aufstandes konzipiert ist. Die Isabella von Arquez begeistert mit einem betörenden Ambitus der Stimme und schlüpft hinreißend in die verschiedenen Verkleidungen ihrer Rolle. Der Lindoro von Maxim Mironov mit seiner lyrischen Tenorstimme wirkt dagegen recht passiv. Die Liebesgeschichte hat schon in Rossinis Partitur nicht die zentrale Bedeutung wie in anderen seiner Opern – es gibt beispielsweise kein großes Liebesduett. Zusätzlich akzentuiert der Regisseur diese Tatsache noch, indem er die übrigen Hauptfiguren kräftig aufwertet.
Der Mustafà von Nahuel Di Pierro gibt den Buffone, wie er im Büchlein steht – seine Verwandlung vom Tyrannen zum Gehörnten sorgt für ausgelassene Heiterkeit. Als buffoneske Rollen treten auch der Taddeo von Riccardo Novaro und der Haly von Mark Kurmanbayev auf. Die Elvira von Charlotte Bozzi spielt für einmal nicht die verschmähte Gattin, sondern eine selbstbewusste Frau, die zur Komplizin von Isabella wird.
Zusätzlich zum Sängercast bringt Chavaz noch zwei Pantomimenrollen ins Spiel, die bei Rossini nicht vorgesehen sind, nämlich das Tänzerpaar Clara und Dani alias Clara Delorme und Daniel Daniela Ojeda Yrureta. Begreift man anfänglich den Sinn dieser Zusatzfiguren nicht so recht, wird er mit der Zeit zunehmend deutlich: Sie nehmen gewissermaßen die Position des Zuschauers ein und kommentieren mit ihren virtuosen Tanzeinlagen das turbulente Treiben der Protagonisten. Ein köstliches Beispiel bietet die Badeszene im Spa: Während die in der Badewanne liegende Isabella von den drei Spannern Mustafà, Haly und Lindoro heimlich beobachtet wird, assistieren ihr Clara und Dani leidenschaftslos durch Flötenspiel und Handreichungen. Dass sie dabei auch wie Eunuchen im Harem gekleidet sind, erhöht die Ironie der Szene noch zusätzlich.
Fazit: Die Genfer Neuproduktion von Rossinis L’italiana in Algeri ist eine höchst amüsante und originelle Neudeutung dieser Opernkomödie aus dem Geist unserer Zeit, die auch musikalisch keine Wünsche offenlässt.
Carnaval rossinien pour L’ITALIENNE à ALGER
Romaric Gergorin - classykeo.com – 24 janvier 2026
source: https://www.classykeo.com/2026/01/24/carnaval-rossinien-a-geneve-pour-litalienn…
Au Bâtiment des Forces Motrices, le Grand Théâtre de Genève propose une version décapante de L’Italienne à Alger dirigée avec panache par Michele Spotti, dans une mise en scène inventive de Julien Chavaz qui explore la dimension carnavalesque du chef d’œuvre comique de Rossini.
Onzième ouvrage scénique de Rossini alors âgé de vingt-et-un ans, créé le 22 mai 1813 au Teatro San Benedetto de Venise, L’Italienne à Alger est un dramma giocoso – drame joyeux – conçu en vingt-sept jours. Le prolixe compositeur italien célébré par Balzac, Schopenhauer et Stendhal, procède à un renversement du système de domination, à la suite du Mozart des Noces de Figaro dont il prolonge la subversion sociale. Il reprend aussi le canevas du Fidelio de Beethoven, où un homme captif est libéré par la femme aimée, mais en dynamitant le tout par la verve comique. L’inventif metteur en scène Julien Chavaz, dont nous avions pu apprécier la vision iconoclaste de The Importance of being Earnest de Gerald Barry et de Powder Her Face de Thomas Adès au Théâtre de l’Athénée, exprime pleinement la vision carnavalesque de cet opus, soit l’inversion des valeurs, des personnages, de la musique et du texte, tout en actualisant cette satire politique.
Turquerie carnavalesque
Genre qui faisait florès à l’époque de sa création, cet « opéra turc » de Rossini voit la belle Isabella tenter de libérer son amant Lindoro retenu comme esclave dans le sérail du bey d’Alger Mustafà. Mais Rossini renverse le substrat humoristique de l’opéra bouffe dans une dramaturgie carnavalesque qui dissocie paroles et musique jusqu’à la contradiction. Lorsque le texte du livret est sentimental ou mélancolique, la musique l’annihile dans une dimension burlesque. À l’inverse, l’écriture instrumentale la plus délicate et diaphane se met au service de dialogues grotesques et de situations à la distanciation caricaturale. Ce renversement du haut et du bas appliqué ici aux valeurs esthétiques est le propre du dispositif carnavalesque. Cette dissolution, aussi à l’œuvre dans cette histoire d’esclaves se moquant du maître dont ils prennent la place symbolique, est accentuée à l’extrême dans les crescendos où les onomatopées du bruit rossinien sont musicalisées jusqu’au délire d’un vertige ascensionnel virtuose.
Grand hôtel rossinien
Ce dualisme entre expression des sentiments et du grotesque fait de L’Italienne à Alger un carnaval ambigu où les personnages comiques s’expriment dans le langage vocal de l’opéra seria, dans ce contraste irrésolu entre le style noble de l’écriture vocale et la mécanique comique qu’elle sert. Julien Chavaz actualise ce dispositif carnavalesque en le plaçant dans un grand hôtel d’aujourd’hui, L’Algeri.
Son directeur Mustafà – l’impérieux Nahuel di Pierro histrion à souhait – lassé de son épouse Elvira – la soprano Charlotte Bozzi piquante et accorte – veut s’en débarrasser en la mariant à son sous-fifre Lindoro – le ténor Maxim Mironov à la séduisante agilité vocale. Mais l’amante de ce dernier, Isabella – Gaëlle Arquez sensuelle mezzo efficace en aventurière burlesque –, parviendra à s’échapper avec lui en se faisant passer pour une voyageuse fantasque, aidée par son soupirant berné Taddeo – le baryton Riccardo Novaro fanfaron outrancier à la ligne vocale souverainement projetée.
Du comique au sublime
Ce mélange des contraires, sérieux-comique, sublime-grotesque, summum du carnavalesque défini par le théoricien russe Mikhaïl Bakhtine, est ainsi ici accentué par une inversion temporelle, Julien Chavaz déplaçant ce jeu de masques se déroulant originellement au XIXe siècle vers un Orient de pacotille dans un monde contemporain à la trivialité exubérante. Le jeune chef italien Michele Spotti déploie avec ardeur le vitalisme rossinien à la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande et du Chœur du Grand Théâtre de Genève qui réussissent avec éclat à mettre en mouvement la mécanique folle de ces dérèglements mélodiques. Mais derrière ce carnaval aux rouages parfaitement agencés, nous pouvons une fois de plus apprécier la neutralité heureuse du XVIIIe siècle que Rossini décida de prolonger au XIXe siècle pour son propre plaisir. Plaisir qu’il réussit à nous communiquer encore aujourd’hui.
L’ITALIENNE à ALGER : bienvenue à l’hôtel
Par Pierre Géraudie – Oliryx.com – 24 janvier 2026
source: https://www.olyrix.com/articles/production/8769/l-italienne-a-alger-gioacchino-…
Le Grand Théâtre de Genève plonge dans 2026 avec une production pétillante et largement actualisée de L’Italienne à Alger (Rossini), où le spectacle se fait à la fois visuel et sonore.
Non pas un, mais deux changements de décors. C’est avec ce coup double que le Grand Théâtre de Genève démarre sa nouvelle année, qui est aussi la dernière ligne droite de l’ultime saison de son directeur Aviel Cahn (auquel Alain Perroux succédera cet été). Et le premier décor à changer, en l’espèce, est celui du théâtre lui-même. Car ce n’est pas dans l’habituelle salle de la place de Neuve que le public est convié pour ce rendez-vous de 2026 : cette dernière étant en travaux pendant dix-huit mois, c’est dans l’atypique Bâtiment des Forces Motrices, sorte de vaisseau industriel posé sur le Rhône, qu’auront lieu les prochains concerts et spectacles. Et parmi eux, donc, en cette fin janvier, L'Italienne à Alger qui voit aussi son cadre être chamboulé.
Pour cette nouvelle production genevoise, l’œuvre de jeunesse de Rossini prend en effet…un vrai coup de jeune. Exit Alger, le début XIXème siècle et la figure du méchant sultan : la mise en scène audacieuse de Julien Chavaz et la scénographie minutieuse d’Amber Vandenhoeck placent ici cette Italienne dans un hôtel quatre étoiles, avec spa, hammam et grande salle de restauration, ensemble qui n’est pas sans rappeler le Palace de Jean-Michel Ribes. Dans cet univers de luxe qui pourrait aussi être le cadre d’une sitcom des années 90, il est moins question de domination sociale et d’esclavagisme que d’organisation moderne du travail, avec un odieux patron et des salariés qui voudraient bien s’en émanciper. Ainsi, le bey du livret original est ici un directeur d’hôtel, le chef des corsaires est un chef… de cuisine, et les esclaves sont des femmes et valets de chambres à deux doigts de la grève face à la menace du burn-out.
Une vision assurément moderne de l’œuvre, transportée dans un établissement hôtelier qui aurait pu se situer aussi bien en Suisse profonde qu'en Poitou-Charentes, comme le relève lui-même le metteur en scène dans sa note d’intention. Julien Chavaz, en homme de théâtre, assume un rapprochement avec la commedia dell’arte, dans ce spectacle où les gags bien trouvés sont légion (comme lorsqu’un agent d’accueil procède à de drolatiques annonces au micro en français et italien, « mais pas en allemand, car ce n’est pas indispensable », n’en déplaise au public germanophone de ce soir de première). Et si les costumes bien taillés d'Hannah Oellinger donnent d’abord dans une relative sobriété, avec vestes boutonnées et casquettes de rigueur pour les employés, ils tournent rapidement au fantaisiste. Et ce avec l’apparition de chapeaux pointus à pompons bringuebalants, de cirés flashys, et même de tenues à la Bibendum à mi-chemin entre L'Île aux enfants et le Muppet show. Ces loufoques costumes surgissent au royaume des Pappataci, le joyeux chaos général atteignant alors son paroxysme. À cet instant, le beige, jusqu’ici dominant, cède la place au bleu, au rose, au fuchsia, et les lumières d'Eloi Gianini, jusqu’alors claires mais sans éclat particulier, deviennent scintillantes et éruptives, contribuant largement à cette grande jubilation finale.
À en devenir zinzin
L’essence de l’œuvre, à savoir ses ressorts comiques autant que lyriques n'en sont pas moins assurément préservés. Et Isabella, ici moins naufragée des côtes algériennes que touriste venue prendre le soleil avant d’être « emprisonnée » comme soubrette, reste cette femme forte qui va réussir à se jouer de l’autorité masculine. Une figure d’émancipation ici incarnée par Gaëlle Arquez familière du rôle, pour l’avoir notamment chanté à La Scala il y a quelques années. Ainsi, c’est ici une Italienne au caractère bien trempé qui se présente à l’hôtel Algeri (c’est son nom), avec cette propension à se faire aussi touchante pour chanter son amour pour Lindoro, que froidement déterminée à l’heure de manigancer contre d’autres princes un peu moins charmants. La voix est d’une ardeur constante, émise avec délicatesse ou fougue (selon l’humeur), nantie d’un vibrato généreux et d’un art affirmé de la coloratura qui se fait entendre dès le « Cruda sorte » donnant le ton de la performance.
À ses côtés, Nahuel di Pierro (présent lors de la récente Italienne concertante du TCE), est un Mustafà énergique, qui porte un costume à épaulettes lui aussi, mais des épaulettes bien moins larges que celles d’Isabella (comme un symbole). L’évolution du personnage est en tout cas bien décrite, depuis un maître d’hôtel tyrannique jusqu’à un amoureux bouffon (allant même, devenu Pappataci mais surtout zinzin, à devenir roi de l’entrechat et de l’arabesque). L’instrument vocal se fait appliqué, sonore et assuré, sachant être aussi bien pénétrant que volontairement « cassé » face à la si troublante Isabella.
Maxim Mironov prête à un plaisant Lindoro son instrument de ténor vaillant, qui serre parfois dans le suraigu, mais qui est projeté avec un véritable feu intérieur, et avec une maîtrise certaine de la diction rossinienne.
Pour ce qui est pourtant une prise de rôle en Haly, Mark Kurmanbayev se montre particulièrement à l’aise, assumant avec bonheur ce personnage cuistot affublé d’une toque façon Ratatouille, et déployant une voix de basse imposante.
Riccardo Novaro sert les intérêts d’un risible Taddeo avec son baryton de belle rondeur au phrasé bien ciselé, quand Charlotte Bozzi, pour sa première Elvira, use d’un soprano à l’émission nette et d’autant plus brillante à l’approche de l’aigu. Enfin, Mi Young Kim, en Zulma, fait plus que jouer un second rôle en décrivant un personnage vif de caractère et au chant joliment corsé.
S’il ne fait qu’un dans l’art du mouvement, avec ces valets qui se serrent pour faire corps face à leur patron, s’agenouillent et se lèvent en même temps, et usent des mêmes gestes pour décrire la stupéfaction ou l’hilarité, le Chœur du Grand Théâtre de Genève se distingue aussi par son homogénéité et sa puissance vocale. Enfin, à la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, et après une ouverture où il lui aura fallu régler quelques légers décalages entre des cordes et vents aux élans déjà passablement survitaminés, Michele Spotti conduit avec la juste énergie cette phalange portée comme la scène par un fuoco de tous les instants.
La présence de lestes figurants sur scène, venus déplacer les éléments de décor à l’occasion, et qui se présentent aussi comme des observateurs de la drôle de farce qui se joue là, est aussi à remarquer, à défaut d’apporter une véritable plus-value à l’ensemble.
C’est finalement une ovation nourrie qui conclut la première des sept représentations de cette enthousiasmante nouvelle production de L'Italienne à Alger.
L’ITALIENNE à ALGER de Rossini, supplément de Fêtes
Sylvie Bonier - Le Temps - 24 janvier 2026
source: https://www.letemps.ch/culture/musiques/l-italienne-a-alger-de-rossini-suppleme…
Servi par l'Orchestre de la Suisse romande et des chanteurs étourdissants, «L'Italienne à Alger», de Gioachino Rossini, entame dans l’euphorie le déménagement provisoire du Grand Théâtre de Genève au Bâtiment des Forces Motrices
Pour faire passer la pilule de saisons impactées par la petite taille et les contraintes techniques du BFM, Aviel Cahn a opté pour une œuvre festive et légère en ouverture. Bien lui en a pris. Toutes les équipes se révèlent au meilleur, et le public s’est déchaîné lors de la première, vendredi soir. Résultat, en quittant les lieux avec des étoiles dans les yeux et les oreilles, les spectateurs et spectatrices avaient l’impression d’avoir eu un supplément de Fêtes, bienvenu en ces temps de grisaille sans fin. Après un Américain à Paris merveilleux en décembre à la maison mère, l'Italienne à Alger se situe à la même hauteur de joie et d’insouciance, dans l’ancienne usine hydraulique.
L’énergie de la jeunesse
Il faut dire que l’énergie de la jeunesse est aux commandes. Déjà, le compositeur pésarais n’avait que 21 ans quand il composa en 24 jours cette «folie lyrique», qu’il ne reproduira jamais à ce niveau de délire. Ensuite, le chef italien Michele Spotti, 33 ans, physique de jeune premier et dynamique électrisante, mène l’OSR sur les crêtes du «rossinisme». Nuances sans limites, piaffantes, galbées et sensuelles, précision de scalpel, ivresse à la fois libre et maîtrisée, sens de la vocalité, à l'écoute du plateau: on comprend l’ascension de cette baguette forte et frémissante, arrivée à Marseille en 2023 et déjà passée sur les plus grandes scène internationales. Michele Spotti conjugue le plaisir à l’urgence sans oublier l’abandon sentimental. Un équilibre parfait dans lequel l’OSR ne lâche rien et donne tout.
Sur scène, le Bernois Julien Chavaz, de onze ans l’aîné, est animé par une furieuse envie d’en découdre avec les conventions. Il installe Mustafa dans un hôtel de luxe, L'Algeri, qui fait office de sérail. Lieu clos et de passage par essence, répondant à ses propres lois et codes, l’espace inspiré par l’architecture post-moderne de Ricardo Bofill développe judicieusement une volée d’escaliers et différents niveaux de jeu.
Tout débute dans des couleurs sable pour se colorer progressivement et devenir de plus en plus saugrenu et extravagant. Les costumes bariolés d’Hannah Oellinger ouvrent sur un imaginaire que Klaus Nomi n’aurait pas renié, et l’action se débride à un rythme de plus en plus dément entre sauna, hall et cuisine tournoyants. Le metteur en scène se régale à souligner et éclairer sans retenue la partition et le livret surexcités de l'œuvre.
Comment font-ils tous, entre parodie outrée de ballets et courses hystériques, pour tenir le choc du mouvement et des vocalises acrobatiques? On ne peut que saluer la virtuosité générale, qui passe du chœur de Grand Théâtre aux protagonistes, soumis à un même jeu effréné.
Gaëlle Arquez, reine du plateau
La reine du plateau c’est Gaëlle Arquez, qui incarne Isabella, une femme de ménage aussi puissante que pulpeuse et pyrotechnique. Sa présence intense et douce, son jeu sobre à l’humour sans manières et son timbre caramel placent la manipulatrice amoureuse tout au sommet du plateau. A l’origine conçu pour le rare registre de contralto colorature, le rôle de la belle Italienne va comme un gant à sa tessiture de mezzo spinto, capable d’aigus et de graves remarquables.
Mi Youg Kim (Zilma ) et Charlotte Bossi (Elvira) complètent harmonieusement le trio féminin alors que le Mustafa ridicule et épuisé de Nahuel di Pierro répond lui aussi vaillamment aux tout aussi rares exigences de basse colorature, sur un timbre brun et charpenté. Le Lindoro groom de Maxim Mironov prendra probablement un peu plus de poids vocal au fur et à mesure des représentations, aux côtés de Riccardo Novaro (Taddeo bien campé) et Mark Kurmanbayev (Haly servile à souhait).
S’il fallait une image pour résumer cette affaire inénarrable, on retiendra les gesticulations hilarantes de Daniel Daniela Ojeda Yrureta, danseur/danseuse dont les grands écarts horizontaux et verticaux donnent le tournis pendant longtemps.
Sans soleil ni monoï, mais pas sans éclat
Maxime de Brogniez – ForumOpera.com - 26 janvier 2026
source: https://www.forumopera.com/spectacle/rossini-litaliana-in-algeri-geneve/
À Alger ou ailleurs, le monde est plein de petits chefs arrogants, gourmands, bêtes et libidineux. Exit donc le soleil, le monoï et l’orientalisme malvenu : c’est à l’hôtel Alger (quatre étoiles – spa – salle de séminaire avec système de traduction instantanée, sauf en allemand) que Mustafà exerce son petit joug. La transposition de Julien Chavaz fonctionne et, à un orientalisme kitsch, substitue un univers pastel non moins kitsch : dans le grand final de la cérémonie des Pappataci, on est passé de l’île aux esclaves à l’île aux enfants. Comme il se doit, le rythme est soutenu, le jeu d’acteurs finement chorégraphié. La connivence avec la fosse est évidente et réussie – n’étaient quelques décalages, première oblige.
À la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, Michele Spotti mène vaillamment ce petit monde. Après une ouverture qui peine à décoller, il prend la pleine maîtrise d’un spectacle dont le rythme repose avant tout sur la partition. Les crescendos sont minutieusement dosés – chez Rossini, c’est la moindre des choses –, tandis que les decrescendos font l’objet d’une attention non moins scrupuleuse : c’est là le véritable twist du chef. Les tempi restent peut-être un peu sages (prudents ?) et, s’il ne décoiffe pas, le vent de folie y est. Comme dans la mise en scène, les orientalismes sont laissés de côté : les cuivres percutent, les percussions brillent ; inutile de se perdre en glissandos et autres fioritures musicales.
Nahuel Di Pierro est un Mustafà efficace – c’est-à-dire désopilant – sur le plan théâtral. La voix est bien projetée et les vocalises rondement menées, même s’il ne vainc pas toujours les difficultés de l’écriture. La justesse de certaines fins de phrases dans le grave reste approximative. La voix est ample mais souple, jamais empâtée. Le Lindoro de Maxim Mironov est touchant avant d’être virtuose. La légèreté du timbre sert le propos et, à cet égard, on se demande si elle n’est pas parfois forcée (dans la cavatine du premier acte), tant la voix gagne en éclat quand la partition se fait plus assertive (dans la cavatine du deuxième acte). D’abord effacé, le Taddeo de Riccardo Novaro – l’autre homme berné de l’intrigue – offre une émission efficace et un timbre bien canalisé qui lui permet à la fois de donner la réplique sans prendre le dessus dans les ensembles et d’assumer remarquablement son air.
Gaëlle Arquez, en Isabella, domine clairement la distribution. La voix est charnue, le texte incarné et très maîtrisé – dans le « Cruda sorte » en particulier. La richesse des harmoniques permet au timbre de déployer de magnifiques couleurs à tous les niveaux de la tessiture – de l’aigu aux graves élégamment poitrinés. Le phrasé ne cède jamais à la virtuosité : les vocalises sont menées sereinement, avec une conscience aiguë des appuis et des directions.
Charlotte Bozzi offre sa voix claire et bien accrochée au rôle d’Elvira, tandis qu’en Zulma, Mi Young Kim surprend avec un timbre chaud et plein et une projection remarquable. Mark Kurmanbayev campe enfin un Haly posé et présent, à la projection large et fluide.
Ces qualités individuelles n’auraient que peu d’intérêt si la sauce ne prenait pas dans les ensembles. Or elle prend et ne tourne jamais. De toute évidence, le final de chacun des actes a été méthodiquement travaillé : les changements de tempi, les accélérations, les amplifications par ajouts de chanteurs et de couches instrumentales, de même que le mouvement général de l’ensemble fonctionnent parfaitement. Le Chœur du Grand Théâtre de Genève, préparé par Mark Biggins, y est évidemment pour beaucoup et si on l’a déjà entendu plus homogène, on salue son investissement scénique – chorégraphique même.
Rossini turbine aux Forces Motrices genevoises
Matthieu Chenal – Tribune de Genève – 26 janvier 2026
source: https://www.tdg.ch/rossini-litalienne-a-alger-electrise-le-bfm-de-geneve-614336…
Dans son «Dictionnaire amoureux de la musique» (Plon, 2012), André Tubeuf avait mis le doigt sur la force unique de Rossini: l’énergie. «Rossini était une turbine, un moteur; […] l’énergie qui devient son et s’empare du temps.» Aussi, « L’Italienne à Alger» ne pouvait pas mieux être servie qu’au Bâtiment des Forces Motrices à Genève! On y va pour se recharger les batteries et rire de bon cœur jusqu’au 5 février.
Le GTG au BFM
Transformé en salle de spectacle pour accueillir la saison 1997-1998 du Grand Théâtre de Genève à l’occasion d’une précédente restauration, le BFM redevient le lieu d’hébergement de toutes les productions lyriques et de ballet, à cheval sur la saison 2025-2026 et pour toute la saison suivante (jusqu’à fin juin 2027). Et c’est donc symboliquement à Rossini que revient l’honneur d’ouvrir cette parenthèse revigorante, qui se poursuivra avec Rameau, Puccini et Frank Zappa.
À l’allumage nécessaire à toute comédie de Rossini, un pilote doit être à même de lancer la mécanique, d’en huiler tous les fins rouages et de ne jamais s’emballer, tout en donnant l’impression que ça déraille. Le chef Michele Spotti, formé en partie à la HEM, est à la manœuvre, et l’OSR répond du tac au tac à son geste économe et précis.
L’acoustique un peu sèche du BFM permet de saisir la moindre nuance dynamique, l’étalage des couleurs instrumentales dans les crescendos, du pianoforte de Xavier Dami aux tutti les plus crépitants. Le formidable Chœur d’hommes du Grand Théâtre n’est pas moins en verve que l’orchestre et constitue à coup sûr l’un des carburants essentiels de cette production.
Électrochoc à l’hôtel Algeri
Julien Chavaz transpose l’intrigue dans l’hôtel Algeri. Ce palace moderne et chic est dirigé par un Mustafà despotique, les employés sont ses esclaves, uniformisés dans leurs tenues beigeasses et leurs perruques blondasses (costumes féroces d’Hannah Oellinger). Le décalage est finaud, car il permet au metteur en scène fribourgeois de caricaturer une réalité qui nous est plus immédiate que les sérails de l’Empire ottoman. L’agitation incessante de l’hôtel forme un écrin idéal pour illustrer la mécanique rythmique de Rossini, y injectant force quiproquos et électrochocs.
Derrière les façades lisses du lobby, Chavaz introduit la rutilante Isabella qui vient dynamiter l’ordre établi et les convenances. Il orchestre à travers elle l’insurrection carnavalesque du personnel, qui éclatera lors de la cérémonie des Pappataci en un ballet chamarré, aussi jovial et bon enfant qu’une fiesta chez les Barbapapa.
Dans ce condensé d’effervescence, la distribution alterne les types de combustibles: le Mustafà de Nahuel Di Pierro est une vraie machine à vapeur bouillonnante de colère et de lubricité, enchaînant les roulades vocales en hilarante combustion. S’il est convaincu d’avoir épuisé les ressources de son épouse Elvira (Charlotte Bozzi), le personnage du baryton-basse argentin puise son énergie en tourmentant ses employés et en se nourrissant du désir d’Isabella, l’Italienne superlative qui débarque chez lui.
Son acolyte Haly, maître des cuisines et du fouet à manivelle, fait chauffer au gaz ses marmites; Mark Kurmanbayev l’incarne de sa basse bien timbrée et agile. A contrario, le pathétique Taddeo de Riccardo Novaro, toujours à côté de la plaque et berné jusqu’au bout, pédale dans le vide, si ce n’est pour faire entendre sa diction truculente de baryton bouffe. Ténor à l’émission suave et fluide qui semble arrondir les angles des vocalises les plus épineuses, Maxim Mironov est un Lindoro agile et enveloppant, une force hydraulique soyeuse que son amoureuse, Isabella, saura canaliser à sa guise.
Produit noble de toutes ces énergies primaires réunies, l’Isabella de Gaëlle Arquez électrise ce huis clos par sa simple présence et son fluide magnétique. La mezzo-soprano française condense cette puissance irradiante aussi plastique que vocale avec un naturel renversant. Auquel elle ajoute la ressource généreuse, indispensable et renouvelable de l’humour.
Rossini all inclusive
David Verdier – Altamusica.com – 26 janvier 2026
source: https://www.altamusica.fr/rossini-all-inclusive/
Présentée hors les murs au Bâtiment des Forces Motrices, L’Italienne à Alger ouvre la saison genevoise par une lecture rafraîchissante et finement ironique. Transposée dans un hôtel contemporain, la mise en scène de Julien Chavaz évacue l’orientalisme au profit d’un comique social bien réglé, servi par une distribution engagée et une mécanique rossinienne globalement efficace.
Dans ce monde décalé, les despotes ne sont jamais que de petits chefs : arrogants, gourmands, libidineux et persuadés que l’univers s’organise autour de leur bon plaisir. C’est de cette banalité du pouvoir que part la mise en scène de Julien Chavaz, qui évacue sans regret l’orientalisme de convention pour installer l’intrigue dans un hôtel quatre étoiles contemporain, petite usine à flux humains, aux gestes codifiés, presque chorégraphiques.
Une vague impression vintage et délicieusement décalée s’en dégage : le plaisir d’un giocoso net et franc prime sur toute surinterprétation. Le théâtre assume l’héritage de la commedia dell’arte, avec un rythme soutenu et des gags efficaces. Entre bande dessinée et court métrage fellinien surgit ce Mustafà vulgaire et dépressif, flanqué de sa petite bonne femme qui lui tient la dragée haute. Point de naufrage, mais l’irruption de l’Italienne, cintrée dans un ensemble violet à chapeau ondulé, débarquant avec son mari en livrée bleu menthe, guêtres impeccables et casque colonial : une entrée qui suffit à dérégler la mécanique bien huilée de l’hôtel.
Cette Italienne à Alger est le premier spectacle de la saison à investir le Bâtiment des Forces Motrices, qui accueillera jusqu’en juin 2027 la programmation du Grand Théâtre, fermé pour travaux. Parmi les persistances scéniques qui équilibrent le rythme général, certaines trouvailles font mouche, comme cette réceptionniste obstinément occupée à compter ou découper ses factures, avec des gestes volontairement plus lents que l’abattage environnant.
Le finale marque la bascule vers le délire collectif : apothéose du buffo avec un improbable ballet de guignols à pompons ridiculisant Mustafà, investi Papatacci. Le comique est assumé jusqu’au bout, peut-être au prix de moins de surprises ; à la longue, certains gags font long feu, comme ces annonces au micro, drôles mais un peu étirées.
La réussite du spectacle tient aussi à une distribution solidement pensée. En Isabella, Gaëlle Arquez domine nettement la soirée : timbre et ampleur capiteux, émission un peu flottante aux entournures, mais autorité qui emporte l’adhésion. Nahuel di Pierro, en Mustafà, compense une surface vocale en retrait par un jeu totalement investi, comique troupier, physique et généreux.
Face à lui, le Lindoro de Maxim Mironov, ténor volubile, se montre impeccable sans génie absolu ; le mari médiocre, souffle court et ligne éteinte, quand la femme se révèle piquante et contrastée. Le Taddeo de Riccardo Novaro s’impose progressivement par une émission bien canalisée et un sens aigu de l’équilibre dans les ensembles. Mais ces qualités individuelles ne prendraient pas sens n’était la réussite éclatante des ensembles, véritables nerfs de la partition.
Le chœur impressionne par son engagement en scène, même si l’homogénéité vocale pourrait être affinée. À la tête de l’Orchestre de la Suisse Romande, Michele Spotti conduit la représentation avec un sens aigu de l’architecture dramatique. Après une ouverture un peu prudente, il trouve la juste pulsation d’un ouvrage dont le comique repose d’abord sur la partition elle-même, avec des crescendi calibrés, des decrescendi finement travaillés.
Une drôlatique ITALIENNE à ALGER
Thibault Vicq - opera-online.com – 25 janvier 2026
source: https://www.opera-online.com/fr/columns/thibaultv/une-drolatique-italienne-a-al…
C’est au tour du Grand Théâtre de Genève de se pouponner en travaux. L’Italienne à Alger inaugure une saison et demie de hors-les murs au Bâtiment des Forces Motrices pendant la fermeture du bâtiment place de Neuve. Rossini y brille d’esprit, pour notre plus grand plaisir.
Est-ce vraiment possible, pour un metteur en scène, de rater cette œuvre ? On en doute, mais Julien Chavaz la sculpte autrement qu’une simple transposition – l’action se déroule ici dans un hôtel, dont le gérant Mustafà exploite, jusqu’à la lie, le personnel, et donc les esclaves du livret – ou qu’une « animation » (fort bigarrée) de plateau. Il fait preuve d’une bienveillance à tous égards, envers les personnages (même les plus ridicules), leurs croyances et leurs combats. La continuité de la trame narrative et visuelle, aisément lisible par son astucieux décor (Amber Vandenhoeck), ses amusants costumes colorés (Hannah Oellinger) et ses lumières protéiformes (Eloi Gianini), a autant droit au chapitre que la structure en numéros de bravoure vocale. Derrière la façade assumé de la rigolade, il construit un système de révolte organisée face à l’oppression, par l’art du théâtre et de la danse. Pas de surlignage du fond, et pourtant point de prudence dans le déroulement de l’opéra : les ressorts comiques y sont, de même que la mécanique huilée du rire (y compris dans ses tréfonds un peu glauques). Julien Chavaz prouve qu’on peut s’amuser (et bien, en continu), avec esprit !
Michele Spotti partage cette démarche plurielle dans le volet musical, mené con anima. Il prend un peu de Bellini, de Donizetti, de Verdi, de Mozart, de Haendel, dans la conduite des différentes strates horlogères de Rossini. L’Orchestre de la Suisse Romande est invité à contribuer à la noblesse des sons, à la variété des articulations, et le point de vue de direction se fixe à la dramaturgie. Parfois, il s’agit des moteurs accompagnateurs aux cuivres plutôt que des lignes supérieures de violons. À d’autres moments, Michel Spotti enflamme davantage la verticalité tenue des accords ou l’illusion auditive des couches. À la croisée (et à l'entremêlement) des styles et des époques, son Italiana in Algeri n’en demeure pas moins d’une grande cohérence, parce qu’elle ouvre une fenêtre vers un imaginaire de caractères, traversé de nuages métamorphosant la lumière, et dont l’humilité omniprésente ne tient jamais à tirer la couverture vers lui au détriment de la scène. Les magnifiques solos traduisent directement les intentions des instrumentistes – cor d’un autre monde, flûte caressante – et chacun trouve sans mal sa place dans les tutti. La liberté prévaut, l’évidence du rythme rossinien perdure.
Avec un Chœur du Grand Théâtre de Genève qui carbure à la camaraderie hyperactive et à l’indéniable homogénéité exploratrice de ses effectifs, la distribution a zéro tracas sur l’incarnation. Au-delà de la musique, les chanteurs s’engagent corporellement à mille à l’heure dans le jeu, à commencer par le palpitant Nahuel Di Pierro, qui sait pertinemment que le buffo doit regarder davantage vers l’excès et le ridicule que vers la contrainte physique. L’écorce boisée du timbre suit les sinueuses mélodies avec adresse et autorité, pendant que le théâtre entraîne son Mustafà dans une désopilante spirale de mouvements et de mimiques. L’italianità de Rossini selon Gaëlle Arquez, c’est le glamour pur, l’expression exacerbée d’horizons tendres et intrépides. On ne saurait la contredire, tant son charisme et sa virtuosité tranquille en constance turbulente affolent l’ouïe. La tragédienne compatissante dans une comédie survoltée, tel est l’art du décalage (ultra-porteur et prenant) tenu par la mezzo-soprano, en Isabella. L’angélique Maxim Mironov paraît donc presque en retrait dans sa technique infaillible et son legato ébouriffant, mais au soyeux sans doute trop uniforme pour atteindre l’humanité de Lindoro. Riccardo Novaro remplit avec beaucoup de précision l’office du baryton ronchon et aiguisé. La très fiable soprano Charlotte Bozzi et la basse-repère Mark Kurmanbayev, qui hissent les couleurs du Jeune Ensemble du Grand Théâtre de Genève, et l’énergique Mi Young Kim, complètent un cast largement à la hauteur des ambitions théâtrales.
Drôlissime ITALIENNE à ALGER au BFM
Gianluigi Bocelli – le courrier.com – 26 janvier 2026
source: https://lecourrier.ch/2026/01/27/drolissime-italienne-a-alger-au-bfm/
Humour et poésie déjantée sont au menu de la nouvelle production du Grand Théâtre, présentée au BFM. Une relecture réjouissante de l’opéra-bouffe survolté de Gioachino Rossini.
Pour le premier rendez-vous, vendredi soir, du Grand Théâtre délocalisé au Bâtiment des Forces motrices (jusqu’à fin juin 2027 pour travaux), c’est un Rossini particulièrement réussi qui a ouvert les feux: L’Italienne à Alger, dans une nouvelle production de l’institution genevoise. Répertoire léger qui se prête à la spécificité de cet espace plus restreint et à son acoustique particulière. Quand le rideau se lève, on est en effet plongé·es dans un univers sonore beaucoup plus sec, d’extrême transparence, peut-être un brin âpre. La valeur des vents solistes de l’OSR se met ainsi à nu avec sa nonchalante élégance dans l’Ouverture, sous la direction d’un jeune rossiniste au cv déjà royal, Michele Spotti, qui gère la mécanique du cygne de Pesaro avec un grand sens de l’équilibre. La mise en scène est confiée au Bernois Julien Chavaz, qui revient à Genève après ses surréalistes Aventures d’Alice sous terre, de Gerald Barry, la saison passée.
Dans cette Italienne, on retrouve son langage saupoudré de poésie un peu déjantée et onirique. Alger n’est plus l’ailleurs de toutes les turqueries du passé, mais devient ici un ressort quatre étoiles signifié par une table de réception, un balcon et un escalier pour tout décor, où le Bey est directeur et Lindoro bagagiste. Une intéressante translation symbolique s’opère, les esclaves du sérail devenant les employés de l’hôtel, dans un jeu chromatique entre les luxueux marbres et les beiges des grooms multiformes et saillants. Seules les femmes, Elvira et Isabella, moteurs de l’action, se détachent de cette neutralité chromatique par leur couleur pétante et indomptable : ce sont les ruses de la seconde qui conduiront à la neutralisation d’un patron qui, sous un masque prédateur, s’avère comiquement benêt, et à l’affranchissement de ce personnel métamorphosé en peluches/teletubbies festifs et pastels.
Toute cela respire la Commedia dell’arte. Le spectacle est parfaitement désopilant, tirant profit d’une caractérisation des personnages particulièrement réussie et attachante, ainsi que d’une chorégraphie et d’une gestion de l’espace impeccables. On apprécie particulièrement le duo muet Clara Delorme et Daniel-a Ojeda Yrureta, en réceptionniste rêveuse et factotum. Si l’acoustique de la salle offre rarement le liant nécessaire à une véritable explosion des crescendos, on profite de sa transparence et sa lisibilité pour savourer pleinement les voix de la distribution. La performance hors norme de Gaëlle Arquez se détache : son Isabelle crève la scène, le jeu éclatant et la voix spectaculaire, tout en puissance, agilité et projection. Autour d’elle, Maxim Mironov (Lindoro) possède un timbre velouté aussi agile que dynamique, et Riccardo Novaro (Taddeo) s’avère complémentaire par son baryton à la belle couleur pleine et contrôlée. Nahuel Di Pierro (Mustafà), basse plutôt claire, prend ses aises petit à petit, avec un excellent jeu d’acteur, incarnant un Bey particulièrement drôle. Bref, l’antidote idéal à ce sombre début d’année.
Im Rossini-Absurdistan
Von Peter Krause – concerti.de – 25 janvier 2026
source: https://www.concerti.de/oper/opern-kritiken/grand-theatre-de-geneve-l-italiana-…
Mit Michele Spotti am Pult des Orchestre de la Suisse Romande ist ein Rossini-Überzeugungstäter am Werk, der ganz tief in die Partitur eines Buffa-Meisterwerks hineinlauscht. Die Inszenierung von Julien Chavaz lässt die Komödie nach allen Regeln der Kunst abschnurren.
Als Oliver Hardy und Stan Laurel, alias Dick und Doof, in zwei auf Operetten basierenden Filmen der 1930er Jahre mit Pagenköpfen und entsprechenden Perrücken auftraten, war das Genderfluide längst noch nicht offizieller Gesellschaftsdiskurs. Dennoch schwang in ihrer karnevalesken Kostümierung nicht nur Slapstick mit, sondern mindestens implizit auch, dass es ein alternatives Männerbild jenseits archaisch präpotenter Hetero-Männlichkeit geben könnte: Stan, das ist der Weiche, der Weinende, der Weibliche. Jedenfalls wurde schon damals die Umkehrung von patriarchalischen Machtverhältnissen ein zentrales Element ihres Humors. Laurel und Hardy setzten die Verwirrung von Geschlechtsidentitäten und Rollenbildern sehr wohl gezielt ein, um ihre Charaktere als Außenseiter zu kennzeichnen. Am Grand Théâtre de Genève macht sich Julien Chavaz diesen Trick nun in Rossinis „L’Italiana in Algeri“ zu Nutze und lässt bereits zur Ouvertüre gleich eine ganze Horde von Herren in Pagenschnitt auftreten.
Androgyne Männlichkeit
Der Regisseur, der im Hauptamt in Magdeburg als Intendant wirkt, charakterisiert diese tolle Truppe dennoch so individuell, dass sie zunächst gar nicht als Chormitglieder oder überhaupt als Kollektiv erkennbar ist. In der Lobby des Luxushotels „Algerì“ (Bühne: Amber Vandenhoeck mit subtilen farblichen Anspielungen an das echte Algerien) bildet sie die Dienerschaft. Aber auch die Darsteller der Solopartien entpuppen sich in diesem 4-Stern-Ressort mit angeschlossenem SPA alsbald als, wie das Libretto vorgibt, „Sklaven“ im Harem des mächtigen Mustafà. Haly (markant: Bassist Mark Kurmanbayev) ist der Koch des Etablissements. Auch der dürr schlacksige Lindoro steht – als einziger Ausländer – in den Diensten des Bey. Er ist als tapsiger Softie zwar kein ausdrücklich queerer Antiheld, aber doch ein „anderer“, ins Androgyne tendierender Mann. So weit, so erotisch harmonisch konsensuell, ja idyllisch geht es in diesem Serail zu, das somit keine exotisch musulmanische Andersartigkeit feiert, wie es in Rossinis 19. Jahrhundert intendiert war (aber heute als kulturelle Aneignung in Verruf geraten ist), sondern bei den gegenwärtigen Geschlechter- und Rollenbildern und deren Durchlässigkeit und Diversität ansetzt.
Unschlagbare Allianz aus ausgekochter Weiblichkeit und queerer Belegschaft
Neue Bewegung kommt da erst ins Spiel, als die titelgebende „Italienerin“ im Hotel „Algerí“ eincheckt: eine Diva wie aus dem Film-Bilderbuch, mit langen Beinen, wilder rotblonder Mähne, türkiser Robe (Kostüme: Hannah Oellinger), unzähligen Koffern im Gepäck und einer umwerfenden Grandezza vom Schlage einer Gina Lollobrigida oder Grace Kelly. Die Dame hat nicht nur vollweiblichen Sex-Appeal, sondern auch jene Stärke und Dominanz, die man bereits von den emanzipierten Ehefrauen aus „Dick und Doof“ kennt. Natürlich will sie in diesem etwas anderen Serail gar nicht ausspannen oder sich vom Burnout erholen, wie es die normalen Hotelgäste tun. Sie sucht vielmehr ihren Geliebten Lindoro, den Edelsklaven des Mustafà, will ihn aus den Fängen des einzigen verbliebenen Heteros vom alten Schlag befreien – und dazu den Herrn Hoteldirektor auch noch ordentlich vorführen und in seine Schranken weisen.
List trifft auf Lustprinzip
Dazu erniedrigt sie sich zunächst selbst: als Putzkraft, die den Staub in der Hotelhalle so huldvoll wedelt, dass Mustafà ihr zu Füßen liegt und dahinschmilzt: Er will sie sogleich gegen seine eigentliche Gattin Elvira (sopranzwitschernd: Charlotte Bozzi) eintauschen. Da macht Isabella, die stolze Italienerin, nun dieses amoralische Auslaufmodell von Mann zur Schnecke. Die Allianz aus ihrer ausgekochten Weiblichkeit und der nun nur noch widerwillig vor dem Bey buckelnden queeren Belegschaft erweist sich als unschlagbar. List trifft auf Lustprinzip. Die Buffa mit ihrer sanft subversiven Widerstandskraft gegen die etablierte Macht will es so sehr wie der Lauf der Welt. Das Happy End kann kommen. Der Bey muss die Italiener ziehen lassen. Es lebe die (wahre) Liebe.
Der musikalische Champagner sprudelt
Zwar wird zumal das bei Gioacchino Rossini angelegte Subversive durch die Regie eingeebnet, und die Vermeidung des Klischees vom Clash der Kulturen scheint mitunter ersetzt durch jenes einer quietschbunten Queerness als neuer Normalität. Doch handwerklich ist diese Inszenierung so detailverliebt durchgearbeitet, dass das Rossini-Absurdistan eben doch nie aus dem Ruder läuft oder in die Klamotte abdriftet. Wo die Inszenierung sich im Laufe des Abends dennoch primär auf das perfekt abschnurrende Komödienuhrwerk verlässt, lotet Michele Spotti mit dem Orchestre de la Suisse Romande seinen Rossini mit dem Wissen um jeden Zwischenton aus. Da stimmt nicht nur das gern hohe Tempo und wird im Zusammenspiel von Graben und Bühne präzise und extra fein austariert, da ist nicht nur ein perfekt zu verstehendes idiomatisches Italienisch zu hören, da schnurrt und sprudelt der musikalische Champagner nicht nur so perlig, wie es der echte Schaumwein in der Opernpause in der französischsprachigen Westschweiz vermag. Mit Michele Spotti ist hier ein Rossini-Überzeugungstäter am Werk, der mit subtilen dynamischen Raffinessen sowie mit Accelerandi, Strettaeffekten und diese dann wieder ausgleichenden kleinen Verzögerungen ganz tief in die Partitur eines Buffa-Meisterwerks hineinlauscht. Der sehr zu Recht internationale angesagte junge Maestro beweist, dass Rossini eben sehr wohl mehr als ein Feuerwerk des Belcanto entzündet. Rossini greift Mozarts Größe auf (wahren da nicht allerhand Zitate des Salzburgers zu vernehmen?), gerade auch im Hinblick auf das Rebellische, Unangepasste, gesellschaftliche Fesseln Sprengende.
Man staunt, spitzt die Ohren, ist begeistert
Davon ist in der so angenehm klar klingenden Ersatzspielstätte des Grand Théâtre de Genève im Bâtiment des Forces Motrices, dem einstigen Wasserkraftwerk an der Rhone aus dem späten 19. Jahrhundert, ganz viel Aufregendes zu hören. Man staunt, spitzt die Ohren, ist begeistert. Natürlich auch über ein sängerisches Spitzenensemble, das, genau wie es sein soll, Gaëlle Arquez als Isabella anführt. Die Mezzosopranistin hat den Eros, die Wärme, die Geläufigkeit, die in allen Lagen ausgereifte Samtstimme für diese große Frau. Einmal mehr ein Belcantostilist vom Feinsten ist Maxim Mironov mit seinem höhenhell grazilen Tenor. Basspolternd die Männerdominanz von einst hochhaltend gibt Nahuel Di Pierro den Mustafà. Baritoneloquent stattet Riccardo Novaro den Taddeo als tragikomischen Begleiter Isabellas aus. Jubel.